L’ananas

P1020613

Présentation

L’ananas est une plante herbacée de la famille des broméliacées pouvant atteindre 1 mètre 50 de hauteur et répondant aux noms scientifiques de Ananas comosus ou Ananas sativus, Ananassa sativa, Bromelia ananas, Bromelia comosa. Le terme d’ananas est apparu en français en 1544 issus du portugais ananas emprunté à une langue indigène brésilienne qui désignait ce fruit exquis sous le terme de nana. Les espagnols l’appelaient pinas par assimilation à la forme du cône de pin.

La floraison de l’ananas se fait au bout d’une tige comportant une couronne de petites feuilles et au dessus d’un ensemble de fleurs bleues qui ne durent qu’une journée. Ces fleurs donnent des fruits coniques, qui grossissent individuellement jusqu’à se rejoindre, formant à maturité l’ananas que nous connaissons et dont l’écorce est composée d’écailles hexagonales de couleur variable selon la variété. La chair, très juteuse,est le plus souvent jaune.

Sur le plan botanique, l’ananas n’est donc pas un fruit unique mais correspond à plusieurs fruits en un, à une multitude de baies qui se sont formées après la fusion des fleurs sur l’épi. Chacun des « yeux » ou renflements de l’écorce constitue une baie et donc un fruit. La forme actuelle de l’ananas est dérivée d’espèces sauvages dont les fruits ne sont pas comestibles dont Ananas bracteatus et Ananas fritzmuelleri.

La multiplication de l’ananas se fait par la division de rejets apparaissant à la base de la plante, ou par bouturage de la couronne de feuilles portée par la sphère de fruits.

Histoire

L’ananas vient du sud du Brésil et a été cultivé depuis très longtemps par les indiens qui l’auraient répandu dans toute l’Amérique du Sud et centrale. Les indiens caraïbes, excellents navigateurs l’ont probablement introduit en Guadeloupe et dans les iles du Golfe du Mexique. C’est Christophe Colomb qui découvre le fruit en 1493 en débarquant en Amérique à l’état où il se trouve aujourd’hui, déjà fortement modifié par les indigènes qui l’avaient amélioré au fil des siècles tant sur le plan de la saveur, de la grosseur et de l’uniformité. Les Espagnols et les Portugais ont ensuite introduit ce fruit en Espagne, aux Philippines, en Chine, en Afrique et en Inde. A la fin du XVIe siècle, il est cultivé dans toutes les régions tropicales du monde.

Comment l’ananas est représenté et décrit aux 17°, 18° et 19° siècles.

ananas buffon 2Le botaniste Jean de Léry est l’un des premiers à l’avoir décrit dans son « Histoire d’un voyage fait en la terre du Brésil », en 1555. Plus tard le Père Du Tertre, un dominicain, grand botaniste installé aux Antilles, écrit en 1650 l’ « Histoire générale des Antilles habitées par les Français »  décrit l’ananas et le surnomme le « Roi des fruits, car Dieu lui a mis une couronne sur la tête ».

Louis XIV les fait cultiver à Choisy-le-Roi pour faire plaisir à Madame de Maintenon, à partir de 1702. Toutefois, cette première tentaive est un échec. En 1728, Louis XV tente de les faire cultiver dans le jardin de Versailles : le premier ananas lui sera servi 5 ans plus tard. La plante est surtout l’apanage des rois car elle demeure très coûteuse et exigeante. Un ananas vaut un Louis d’or à la fin du XVIII° siècle. La consommation du fruit se développe au XIXe siècle et il est alors planté sous serre chaude en Hollande, en Grande Bretagne et en France mais la culture en pays tempérés s’avère très couteuse et est un échec car l’ananas ne supporte pas des températures inférieures à 10°C, demande 30 à 40°c pour arriver à maturité et nécessite donc des installations très couteuses . Aujourd’hui la Thaïlande, les Philippines, le Brésil, la Chine, l’Inde et le Nigeria sont les principaux producteurs mondiaux d’ananas. Sur un total de 10 millions de tonnes produites à travers le monde, 500 000 tonnes environ sont exportées sous forme de produits frais et 900 000 tonnes sont mises en conserve pour l’exportation.

Composition de l’ananas.

Le fruit contient beaucoup de sucres solubles (mono et disaccharides), des dérivés phénoliques avec des acides organiques : acide citrique (jusqu’à 8 %), gallique et acide malique, des flavonoïdes aux propriétés antioxydantes  neutralisant les radicaux libres toxiques. Il est riche en caroténoïdes et en protéases dont la bromélaïne. Le contenu en vitamine C plus faible que dans certains fruits bien plus communs contribue aussi à l’effet anti-oxydant.

100 grammes d’ananas apportent 45 à 50 kcalories, 20 mg de calcium,  20 mg de magnesium, 160 mg de potassium, 1 mg de sodium, 10 grammes de sucre, des graisses et protéines en quantité centésimale, 20 mg de vitamine C, quelques vitamines du groupe B, du tocophérol.

La bromélaïne.

L’ananas est principalement utilisé en médecine naturelle par les plantes pour la présence de la bromélaïne. C’est une protéase comportant des groupements soufrés qui est activée par les anti-oxydants comme l’acide ascorbique et inhibée à l’inverse par oxydants et les métaux. Près de 40 % de Bromélaïne est absorbée dans l’intestin sous forme hydrolysée. Sa demi-vie est de 6 à 9 heures.

Ananas selon Redouté
Ananas selon Redouté

1 gramme de Bromélaïne correspond à 4000 unités FIP en pouvoir protéolytique quand la même quantité de papaïne à un pouvoir FIP d’environ 3000 u. et la trypsine pancréatique : près de 30.000 u. par comparaison.

La bromélaïne n’est pas toxique. De rares incidents allergiques ont été décrits. Elle peut être utilisée à des doses allant de 300 à 5000 mg pendant de longues périodes si nécessaire. Une dose de 150 à 200 mg/jour apporte déjà une activité bénéfique. Cela correspond environ à un volume de 200 ml. de jus frais d’ananas car en conserve ou cuit ce dernier n’en contient plus. Il convient d’être vigilant et de ne pas l’associer aux traitements anti-coagulants et anti-agrégants plaquettaires en raison des propriétés citées plus bas.

Cette protéase a  en effet de nombreuses propriétés biologiques (1-2)

Au niveau cardio-vasculaire (3), la bromélaïne inhibe l’agrégation plaquettaire, est fibrinolytique et favorise la dissolution de caillots à doses dépendantes. Elle a une action anti-hypertensive prouvée chez l’animal.

Elle est anti-inflammatoire (4) en activant  certaines prostaglandines anti-inflammatoires et en inhibant la bradykinine. Elle entraine ainsi une diminution de l’œdème, de la chaleur, de la rougeur locale et surtout de la douleur. Certaines études ont montré que, grâce à ses propriétés anti-inflammatoires et analgésiques, la bromélaïne, peut s’avérer un traitement alternatif sécuritaire dans l’arthrose (13).

Elle a effet bénéfique sur la mobilité articulaire (5-6) et la souplesse des tendons. Une action curative dans les traumatismes sportifs avec contusion a été prouvée.

Elle favorise la cicatrisation (7) et diminue l’oédème post-opératoire.

Elle stimule le système immunitaire (8) en provoquant la production de cytokines.

Elle fluidifie les mucosités (9), ce qui facilite l’évolution des affections respiratoires  et sinusiennes.

Elle a un effet anti-parasitaire (10) prouvé.

Elle a un effet anti tumoral (11) et anti-métastatique démontré.

Elle est capable de digérer 1000 fois son poids en protéines et peut remplacer en partie la pepsine et la trypsine quand le pancréas est déficient. Chez l’animal, la bromélaïne a démontré une activité cicatrisante de l’ulcère gastrique (12)

Enfin l’ananas est diurétique et détoxicant ce qui le fait utiliser dans certaines cures  d’amincissement d’autant qu’il est peu calorique, ne contient ni graisses ni protéines. Il ne dissout pas les graisses contrairement à certains discours mais favorise une bonne digestion.

Autres utilisations.

P1020611L’ananas est cultivé et utilisé pour d’autres usages qu’alimentaires et médicinaux. La bromélaïne est utilisée industriellement pour attendrir la viande. Elle est employée dans le tannage des peaux et dans l’industrie des peintures pour stabiliser le latex. On tire des ses feuilles des fibres pour la fabrication de cordages, de paniers, de papiers mais aussi  de textiles tissés à partir du piña, un  extrait de Ananas Comosus qui donne des fibres claires de la finesse d’une toile d’araignée et d’une grande résistance.

Amusant : des recettes connues et moins connues :

Pina colada : le « Pina » est l’ananas en espagnol : le jus d’ananas est l’ingrédient principal de ce cocktail auquel on ajoute du rhum blanc et du lait de coco. A consommer bien frais et avec modération comme toute boisson alcoolisée.

Ananas roti à la brésilienne : peler l’ananas en conservant la couronne supérieure de feuilles. Le recouvrir de sucre en poudre puis de canelle afin qu’il soit presque marron. Le mettre au four en le faisant tourner régulièrement jusqu’à ce que le sucre caramélise. Le retirer et le servir après l’avoir coupé en tranches.

Tepache : c’est une boisson mexicaine à base d’ananas fermenté. On coupe un ananas avec la peau en 8 quartiers. On fait fondre 400 grammes de sucre de palme dans une tasse d’eau. On prend un grand bocal de verre dans lequel on met les morceaux d’ananas, un batonnet de canelle de 5 cm, 3 clous de girofle, une cuillérée à café de grains de poivre de Jamaïque et sucre fondu. On ajoute ½ litre d’eau et on mélange le tout. On laisse reposer 2 heures puis on met un couvercle non hermétique et on laisse macérer pendant 3 jours à température ambiante. Au bout de ce temps on récupère le liquide, on rajoute 250 ml d’eau et le contenu d’une demi-canette de bière brune. On laisse à nouveau reposer pendant 48 heures. La boisson est prête à être mise en bouteille fermée et entreposée au réfrigérateur pour être servie très fraiche et un peu effervescente. Elle comporte très peu d’alcool mais comme toute boisson en contenant elle doit être bue avec modération.

 Bibliographie.

1-Pavan R, Jain S, Shraddha, Kumar A. Properties and therapeutic application of bromelain: a review. Biotechnol Res Int. 2012;2012:976203.

2-Taussig SJ, Batkin S. Bromelain, the enzyme complex of pineapple (Ananas comosus) and its clinical application. An update. J Ethnopharmacol. 1988 Feb-Mar;22(2):191-203.

3-Ley CM, Tsiami A, Ni Q, Robinson N. A review of the use of bromelain in cardiovascular diseases. Zhong Xi Yi Jie He Xue Bao. 2011 Jul;9(7):702-10.

4-Errasti ME, Caffini NO, Pelzer LE, Rotelli AE. Anti-inflammatory Activity of Bromelia hieronymi: Comparison with Bromelain. Planta Med. 2013 Mar;79(3-4):207-13

5-Masson M. Bromelain in blunt injuries of the locomotor system. A study of observed applications in general practice. Fortschr Med. 1995 Jul 10;113(19):303-6.

6-Aiyegbusi AI, Duru FI, Awelimobor D, Noronha CC, Okanlawon AO. The role of aqueous extract of pineapple fruit parts on the healing of acute crush tendon injury. Nig Q J Hosp Med. 2010 Oct-Dec;20(4):223-7.

7-Hotz G, Frank T, Zöller J, Wiebelt H. Antiphlogistic effect of bromelaine following third molar removal]. Dtsch Zahnarztl Z. 1989 Nov;44(11):830-2.

8-Müller S, März R, Schmolz M, Drewelow B, Eschmann K, Meiser P.Placebo-controlled randomized clinical trial on the immunomodulating activities of low- and high-dose bromelain after oral administration – new evidence on the antiinflammatory mode of action of bromelain. Phytother Res. 2013 Feb;27(2):199-204

9-Braun JM, Schneider B, Beuth HJ.  Therapeutic use, efficiency and safety of the proteolytic pineapple enzyme Bromelain-POS in children with acute sinusitis in Germany. In Vivo. 2005 Mar-Apr;19(2):417-21.

10-Stepek G, Lowe AE, Buttle DJ, Duce IR, Behnke JM. In vitro anthelmintic effects of cysteine proteinases from plants against intestinal helminths of rodents. J Helminthol. 2007 Dec;81(4):353-60. Epub 2007 Nov 16

11-Báez R, Lopes MT, Salas CE, Hernández M. In vivo antitumoral activity of stem pineapple (Ananas comosus) bromelain. Planta Med. 2007 Oct;73(13):1377-83.

12-Silva JS, Andreo MA, Tubaldini FR, Varanda EA, Rocha LR, Brito AR, Vilegas W, Hiruma-Lima CA. Differences in gastroprotective and mutagenic actions between polar and apolar extracts of Ananas ananassoides. J Med Food. 2008 Mar;11(1):160-8.

13. Brien S, Lewith G, et al. Bromelain as a Treatment for Osteoarthritis: a Review of Clinical Studies. Evid Based Complement Alternat Med 2004;1:251-7.

On trouve de la bromélaïne associée au curcuma et à l’harpagophytum dans AINAT destiné au bien être musculaire et articulaire

ainat

Laisser un commentaire