Le Chiendent officinal

Le chiendent
Le chiendent

LE CHIENDENT OFFICINAL

Présentation

C’est une plante  herbacée monocotylédone, courante en Europe, en Asie et en Afrique du Nord, que l’on appelle aussi couramment le petit chiendent , le blé rampant, la laitue du chien (car il l’utilise comme le chat pour se purger) et qui correspond au nom scientifique de Agropyrum repens ou Agropyron repens et encore Elytrigia repens de la famille des Poacées ou Pâturins. C’est  un exemple d’adaptation  à l’environnement : le chiendent se propage  par rhizomes lorsque le sol est cultivé, par graines et germination dans un sol  en  jachère. IL est d’une vigueur exceptionnelle et tous les jardiniers connaissent la difficulté extrême à s’en défaire quand le besoin s’en fait sentir. C’est la « peste des jardiniers ». Les rhizomes se développent  sous  la  surface du sol dans tous les sens sur des longueurs dépassant le mètre et formant ainsi jusqu’à une cinquantaine de bourgeons qui peuvent  s’activer autour d’un petit bout de racine. De la même manière les graines sont extrêmement résistantes et peuvent rester en survie plus de 4 ans. A moins d’être enterrées profondément. Le porc est très friand de ses racines et peut à lui seul, plus facilement que les désherbants chimiques toxiques,  venir à bout de cette plante en déterrant ses rhizomes.

dessin
Son utilisation.

En médecine naturelle,  les rhizomes  sont utilisés depuis  très longtemps  en infusion ou en décoction pour leur effet diurétique reconnu.

chiendent texteLe chiendent est une plante  sacrée en Inde où il est offert à Ganesh, le dieu de la sagesse représenté par l’éléphant à 4 bras. Les textes ayurvédiques mentionnent le chiendent ou « durva » comme une plante hémostatique, diurétique et dépurative,  astringente  avec un goût sucré qui « rafraichit » le corps quand  il a le « feu ». La  pâte de feuilles est utilisée en cas de plaies, d’hémorragies, de maux de tête ou d’urticaire. Le jus frais est instillé dans les  yeux en cas de cataracte ou dans le nez en cas de saignement. En usage interne, l’extrait de plante est sensée arrêter les saignements de la dysenterie, les hémorragies utérines,  Associé à l’eau de riz et au sucre il a un effet antiémétique. Les grecs utilisent aussi  les propriétés  diurétiques du chiendent et l’indiquent pour « dissoudre » les calculs urinaires.

Au XVIIe siècle: on s’en sert pour « renouveler l’organisme ».   Son rhizome est inscrit en médecine naturelle par les plantes pour ses  capacités à traiter l’appareil urinaire et à lutter contre la goutte.

Au XIXe siècle: il est proposé comme indiqué dans l’encart à gauche et encore plus largement dans cette référence (7):

Composition du chiendent

Cette plante contient un polysaccharide : de la triticine isomère de la dextrine, des sels de potassium avec un polyoside, le fructosanne, du mannitol, de l’acide citrique, malique et glycolique, de l’inuline, du calcium, du magnésium. Les feuilles sont sucrées, chargées de chlorophylle, de carotène, de vitamine E et C.

C’est dans son action sur l’appareil urinaire que cette plante est la plus connue. Son effet diurétique lié à la présence de ces éléments en grande  quantité est  populairement très largement reconnue sans qu’il y ait eu d’études répertoriées sur cette propriété. Son utilisation ancestrale dans la gestion des calculs urinaires a par contre un petit fondement scientifique: dans des conditions particulières de régime hyper protéiné, la décoction de chiendent a un effet positif prouvé sur la prévention de calculs d’oxalate dans un modèle animal chez le rat (1).

Elle contient aussi beaucoup de 5-OH-tryptophane, précurseur de la sérotonine et c’est cette dernière propriété chimique qui fait tout l’intérêt du chiendent aujourd’hui.

Le 5-OH-tryptophane: précurseur de la sérotonine

Cette substance a été mis en évidence en grande quantité dans le chiendent  par un américain RD Hagin (2) en 1989 et son rôle le plus connu et le plus important est celui de précurseur métabolique de la  sérotonine, un neurotransmetteur majeur qui intervient de façon prioritaire dans  la prise en charge du sommeil, de la douleur et de l’état thymique

De nombreuses études montrent qu’une élévation des concentrations de tryptophane dans le cerveau a pour résultat une augmentation de la libération de sérotonine. Celle-ci joue un rôle essentiel dans la régulation de l’humeur, de l’anxiété, de l’appétit et du sommeil. La supplémentation en chiendent officinal procure un apport élevé en 5-HT (5-hydroxy tryptophane) qui est le précurseur de la sérotonine (3). Ce neurotransmetteur est impliqué pour certains dans la pathogénie de la fibromyalgie où il serait en quantité trop faible.  Un autre travail a montré que le tryptophane améliorait (4) significativement la dépression « saisonnière » rencontrée chez certains individus  à la période qui précède et qui suit  le plus profond de l’hiver avec des journées courtes et un soleil  absent. Chez certaines personnes, cette période « grise » fait apparaitre une dépression dite « saisonnière ». D’autres neurotransmetteurs et produits chimiques du système nerveux central, comme la mélatonine, la dopamine, la norépinephrine et la bêta-endorphine, voient leurs niveaux augmenter avec l’administration de tryptophane par voie orale.  Enfin le rôle du tryptophane pour favoriser l’endormissement a été décrit pour la première fois en 1962. Il a alors été abondamment utilisé comme traitement chez des sujets ayant des difficultés à s’endormir (5).

Ce sont ces constatations scientifiques qui font utiliser dans la préparation de compléments alimentaires destinés à apporter du confort chez les patients atteints de fibromyalgie: le chiendent dans Fibromyalgine®  ou le L-tryptophane dans Fibromyalgine Forte®.

Amusant : des recettes

Préparation de bières

chiendent recetteUne recette dans « Le théâtre d’agriculture et mesnage des champs » par Olivier de Serres en 1804(6)

Une autre recette  ancienne de bière:

Dans un grand récipient cylindrique en verre à grande ouverture : On met 4 kg de rhizomes lavés et hachés puis humidifiés régulièrement par de l’eau tiède sans  fermer le récipient Au bout de quelques jours, les fragments de rhizome développent des pousses blanches.  Quand celles –ci ont atteint 1 cm, verser les fragments dans un fût à bière de  50 litres  avec 1 kg de baies de genévrier concassées, 100 g de levure de bière et 2 kg de cassonade. On arrose le tout avec 8 litres d’eau chaude et on agite bien avec un bâton. Le lendemain, on ajoute encore 8 litres d’eau chaude en remuant. On refait l’opération le troisième jour avec 8 litres d’eau.  On ferme enfin le tonneau en laissant un petit trou obturé par de la paille pour permettre l’aération et on laisse reposer une semaine.  Au bout de ce temps, on transvase la bière formée dans un autre fût propre. On laisse reposer deux jours. La bière est prête à être consommée.

Le rhizome peut être consommé soit frais, soit sec.

Les racines fraiches se mangent. Elles  sont  aussi employées en poudre après séchage  et broyage, mixées au froment, pour fabriquer des pains. Hachés et grillés, les  rhizomes peuvent être utilisés comme du café. E dehors de la fabrication de bière, le chiendent est aussi utilisé pour fabriquer un alcool fort (7).

Le jus de rhizome obtenu par pressage peut être consommé : une cuillerée à soupe dans un verre d’eau, 3 à 4 fois par jour.

Décoction de rhizome : mettre 30 g de rhizome dans 1 litre d’eau bouillante pendant  1 minute puis jeter l’eau et écraser  les rhizomes. Les remettre à bouillir dans 1,2 litre d’eau et faire réduire de 25%. Laissez infuser  et ajouter le jus d’un citron. Sucrer au miel et boire à volonté.

Ces préparations  sont diurétiques, rafraîchissantes et constituent une boisson aux vertus de drainage très salutaire. Elles  désaltèrent en favorisant le travail rénal.

 

fibromyalgine

 Bibliographie

1-Grases F, Ramis M, Costa-Bauzá A, March JG. Effect of Herniaria hirsuta and Agropyron repens on calcium oxalate urolithiasis risk in rats. J Ethnopharmacol. 1995 Mar;45(3):211-4.

2- HAGIN R. D.  Isolation and identification of 5-hydroxyindole-3-acetic acid and 5-hydroxytryptophan, major allelopathic aglycons in quackgrass (Agropyron repens L. Beauv.) Journal of agricultural and food chemistry    1989, vol. 37, no4, pp. 1143-1149

3- Murphy S.E. et al., Tryptophan supplementation induces a positive bias in the processing of emotional material in healthy female volunteers, Psychopharmacology (Berl), 2006 Jul, 187 (1): 121-30.

4- McGrath R.E. et al., The effect of L-tryptophan on seasonal affective disorder, J. Clin. Psychiatry, 1990, 51: 162-163.

5- Siegenthaler W., Klinische Pathophysiologie, 1987, 6 Aufl. Thieme, Stuttgart New York S 149, 1161.

6- Le théatre d’agriculture et mesnage des champs

7-Dictionnaire des Dictionnaires de médecine français et étrangers. Antoine François Hippolyte Fabre, 1812

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